Il faisait beau à Nantes ce jour-là…

Nina à Nantes

La photo est prise à Nantes, pas très loin de la gare, fin septembre 2015. En regardant bien, on voit les reflets des nuages sur la couverture plastifiée. Il faisait beau, ce jour-là, beau et chaud. J’allais rencontrer mon éditeur pour lui remettre le texte des Perles noires de Jackie O. dont il ignorait tout, même le titre. J’avais glissé dans le manuscrit une grande photo de Nina, la chienne qui a inspiré Carmen, celle du roman. Je doutais… En fait, non, je ne doutais pas : j’étais persuadé que ce livre ne l’intéresserait pas. Et que, d’ailleurs, il n’intéresserait personne. Une histoire de cambriolage avec que des vieux, des vieux et des losers, une femme de ménage dépressive, un grand Noir avec un oeil qui ne s’ouvre qu’à moitié, un marchand d’art homosexuel sénile… Une comédie policière, franchement, ça intéresserait qui ?

On a passé un peu plus d’une heure ensemble. On n’a pratiquement pas parlé du livre. Il avait un train à prendre pour Marseille, où il allait rencontrer Gérard Depardieu. On s’est laissés sur le trottoir, devant l’hôtel Mercure, et je suis rentré directement. Dans la voiture, sur le chemin du retour, j’écoutais en boucle Moi vouloir toi de Françoise Hardy, qui me faisait un bien fou. Je me détendais, me détachais lentement de cette histoire à laquelle je m’étais exclusivement consacré pendant les 18 mois écoulés. Je me détendais mais j’étais persuadé qu’il dirait non, qu’il trouverait les mots, comme les éditeurs savent le faire : « C’est bien mais pas assez dans l’air du temps. En ce moment, on est surtout dans les histoires de femmes qui se donnent une deuxième chance, tu vois, après avoir appris qu’elles avaient un cancer ou perdu un enfant »…

A la maison, j’ai tenté de m’occuper comme je pouvais. Le livre faisant 400 pages, je prévoyais qu’une dizaine de jours s’écoulerait avant le coup de fil redouté, je m’y préparais. Et c’est en fait un sms qui est arrivé. Deux jours après le rendez-vous de Nantes, vers trois heures de l’après-midi. Un message très court, très clair : « Hello Stéphane, Je suis à la page 93 et j’adore ! Je l’aurai terminé ce week-end, j’ai hâte… » Je me rappelle que je suis sorti pour courir, pour courir de joie, en chaussons, dans les rues du petit village de Vendée. En revenant, je me suis jeté sur le livre, que j’ai ouvert à la page 93 : « Bon, alors s’il en est là, ça veut dire qu’il a déjà lu ça et ça, et qu’il lui reste ça, ça et ça »…

On ne sait jamais ce qu’on a écrit. On s’en fait une idée fausse. Ce qu’on met sur le papier nous échappe, tout se passe ailleurs, dans les sphères de l’inconscient, le nôtre, celui de notre lecteur. Quand ils arrivent à se rencontrer, c’est extraordinaire et pratiquement par hasard, j’en suis convaincu.

Les perles noires de Jackie O. sort le 12 mai, au Cherche midi.