Grand Amour, à l’origine

J’ai eu l’idée du livre en janvier 2006, dans ma cuisine, à Los Angeles. Les intrigues secondaires d’Actrice (les sujets des films que j’avais inventés à Claudine Berger) me trottaient dans la tête, et en particulier l’une d’entre elles, celle du FanLe Fan, c’est l’histoire de Sam, un jeune garagiste, qui fait la route de Marseille à Paris, enlève une actrice célèbre et l’amène au chevet de sa mère, mourante. La star, sorte de Julie Lescaut mais avec de la classe, a eu le malheur de ne pas répondre à une demande d’autographe de la vieille femme, une de ses admiratrices.

Ce jour-là, je me suis demandé pourquoi ce genre d’intrigue me séduisait tellement, pourquoi des films comme la Valse des PantinsNurse Betty ou le génial Looking for Eric me touchent particulièrement. Il y a quelque chose dans la rencontre des mondes anonyme et célèbre, la confrontation des styles de vie, des habitudes. Il y a surtout l’idée de quelqu’un qui s’approprie une chose, un être, une existence qui ne lui appartient pas – l’idée d’un acte un peu fou, d’un basculement, d’une vie qui passe à la vitesse supérieure…

Comme ça m’arrive souvent, j’ai tout mis au féminin : Sam est devenu une femme, Agnès. De quoi Agnès pourrait-elle avoir envie ? Qu’est-ce qui lui ferait prendre la route, traverser une bonne partie de la France sur un coup de tête ? Si j’étais elle…

Les rugbymen. Je vivais aux Etats-Unis depuis quelques années, la France me manquait et que rien ne me semblait plus français que ces calendriers où les joueurs de rugby se déshabillent. Les Américains font la même chose avec leurs pompiers ou leurs joueurs de hockey, mais comme souvent pour ce qui touche au corps, ils sont à côté de la plaque : pour eux, on est beau quand on est bodybuildé, en bonne santé quand on a les dents blanchies, et nu quand on a relevé les manches de sa chemise… Les rugbymen du calendrier me parlaient de mon pays. Ils avaient la tête des garçons qu’on croise dans les rues de Paris – l’allure, les noms de ceux que j’avais connus à l’école, au lycée… Gautherie, Poitrenaud…

L’autre envie, c’était la légèreté. Pas une envie, un besoin. Dans ma propre vie, une période de bonheur était sur le point de finir, je le savais et j’avais envie de tout sauf d’un roman sombre ou même sérieux. L’amour était devenu une affaire douloureuse et compliquée, je trouvais ça injuste, je voulais me venger. Il me fallait un livre sucré, un livre comme une douceur, qui parle d’un amour simple, entier, un amour comme on en rêve à l’adolescence.

J’aimais tellement cette histoire que j’avais le trac. J’ai dû attendre un peu avant de pouvoir me mettre au travail. La première scène que j’ai écrite, c’est le dialogue entre Agnès et Colette sur la terrasse à Saint-Cloud, dont la quatrième de couverture reprend un extrait. J’ai écrit ces pages en une fois, un matin. Puis je me suis forcé à les laisser, en me disant que je ne les relirai que quelques jours plus tard. Si elles sonnaient juste, vrai, si elles ne semblaient pas écrites mais dites, alors seulement j’écrirais le reste du livre.


Grand Amour, les couvertures

Si j’aime beaucoup la couverture finalement retenue pour Grand Amour, le chemin qui nous a menés jusque-là a été une expérience, comment dire… marquante. Deux mois d’efforts, une quarantaine d’essais, des emails interminables où il était question de « rose fraise écrasée », de « feeling étrangement gay », de gants Mapa…

Attention, une couverture particulièrement abominable s’est glissée dans cette sélection, sauras-tu la trouver ?