Les perles noires de Jackie O : à l’origine…

Ce devait être en 1998. Je venais de m’installer à New York et j’ai vite réalisé que je parlais anglais comme une vache espagnole. Je me suis donc mis à lire en anglais. Le premier livre que j’ai eu sous la main (je l’avais pioché dans les bacs de Strand, le célèbre bouquiniste de la 12ème rue), c’est Music for Chameleons de Truman Capote (dont je connaissais déjà le sublime De sang-froid). Coup de coeur instantané.

MusicForChameleonsLe livre compte quelques nouvelles mais surtout six récits non-fictifs. Dans l’un d’eux, Capote raconte une après-midi passée avec Marilyn dans les rues de New York (le foulard, les lunettes, la ballade à Battery Park ). Dans un autre, il relate une journée passée avec sa femme de ménage qu’il accompagne dans sa tournée new-yorkaise. Comment ils fument des joints ensemble dans un appartement dont le propriétaire est absent… Cette histoire m’a cueilli, comme une pâquerette. Et je me souviens m’être dit qu’une femme de ménage ferait une parfaite héroïne de roman, surtout associée à une grande ville comme New York. Je ne saurais pas expliquer exactement pourquoi, il y avait là quelque chose de très séduisant…

La chanson des Perles noires de Jackie O.

C’était quelques jours avant noël, en décembre 2014. J’écrivais les scènes qui se passent à Sands Point : deux hommes qui se tiennent compagnie dans une villa au bord de la mer, un intérieur somptueux, un feu qui crépite dans la cheminée, la neige au-dehors… Je me souviens m’être dit que je « tenais » le roman – le ton, le rythme, la sensation, c’était ça. J’ai fermé mon document à la fin de ma journée d’écriture et, complètement par hasard, suis tombé sur la célèbre chanson de Jimmy Durante. Incroyable. C’est comme si Make someone happy s’échappait de mon livre. Une infinie tendresse, une douce mélancolie, des violons pour dire qu’au fond rien n’est grave. Et cet accent juif new yorkais de Durante – juif new yorkais comme Irving, mon héros. J’avais trouvé l’hymne de mon livre. Et quand j’ai fini de l’écrire en septembre de l’année suivante, je l’écoutais encore. It’s so important to make someone happy…

Yes !

Premières impressions de lecteurs pour Les perles noires de Jackie O ! Un grand merci à Valérie Gans du Figaro Madame, à Anne-Marie Mitchell de la Marseillaise et à Lucie Etchebers de Grazia pour leurs beaux papiers, à Pierre de la librairie Cultura à Saint-Maur, Alice de la FNAC Parly 2 et Anne-Lise de la FNAC des Ternes pour leurs coups de coeur, à Françoise de la librairie La Parenthèse à Annonay, aux blogs &perluetteMy Bookish Pleasures, Smallthings et Psych3deslivres, sans oublier les lecteurs qui m’écrivent. A tous, comment vous dire ma reconnaissance ?

Fnac des Ternes

Il faisait beau à Nantes ce jour-là…

Nina à Nantes

La photo est prise à Nantes, pas très loin de la gare, fin septembre 2015. En regardant bien, on voit les reflets des nuages sur la couverture plastifiée. Il faisait beau, ce jour-là, beau et chaud. J’allais rencontrer mon éditeur pour lui remettre le texte des Perles noires de Jackie O. dont il ignorait tout, même le titre. J’avais glissé dans le manuscrit une grande photo de Nina, la chienne qui a inspiré Carmen, celle du roman. Je doutais… En fait, non, je ne doutais pas : j’étais persuadé que ce livre ne l’intéresserait pas. Et que, d’ailleurs, il n’intéresserait personne. Une histoire de cambriolage avec que des vieux, des vieux et des losers, une femme de ménage dépressive, un grand Noir avec un oeil qui ne s’ouvre qu’à moitié, un marchand d’art homosexuel sénile… Une comédie policière, franchement, ça intéresserait qui ?

On a passé un peu plus d’une heure ensemble. On n’a pratiquement pas parlé du livre. Il avait un train à prendre pour Marseille, où il allait rencontrer Gérard Depardieu. On s’est laissés sur le trottoir, devant l’hôtel Mercure, et je suis rentré directement. Dans la voiture, sur le chemin du retour, j’écoutais en boucle Moi vouloir toi de Françoise Hardy, qui me faisait un bien fou. Je me détendais, me détachais lentement de cette histoire à laquelle je m’étais exclusivement consacré pendant les 18 mois écoulés. Je me détendais mais j’étais persuadé qu’il dirait non, qu’il trouverait les mots, comme les éditeurs savent le faire : « C’est bien mais pas assez dans l’air du temps. En ce moment, on est surtout dans les histoires de femmes qui se donnent une deuxième chance, tu vois, après avoir appris qu’elles avaient un cancer ou perdu un enfant »…

A la maison, j’ai tenté de m’occuper comme je pouvais. Le livre faisant 400 pages, je prévoyais qu’une dizaine de jours s’écoulerait avant le coup de fil redouté, je m’y préparais. Et c’est en fait un sms qui est arrivé. Deux jours après le rendez-vous de Nantes, vers trois heures de l’après-midi. Un message très court, très clair : « Hello Stéphane, Je suis à la page 93 et j’adore ! Je l’aurai terminé ce week-end, j’ai hâte… » Je me rappelle que je suis sorti pour courir, pour courir de joie, en chaussons, dans les rues du petit village de Vendée. En revenant, je me suis jeté sur le livre, que j’ai ouvert à la page 93 : « Bon, alors s’il en est là, ça veut dire qu’il a déjà lu ça et ça, et qu’il lui reste ça, ça et ça »…

On ne sait jamais ce qu’on a écrit. On s’en fait une idée fausse. Ce qu’on met sur le papier nous échappe, tout se passe ailleurs, dans les sphères de l’inconscient, le nôtre, celui de notre lecteur. Quand ils arrivent à se rencontrer, c’est extraordinaire et pratiquement par hasard, j’en suis convaincu.

Les perles noires de Jackie O. sort le 12 mai, au Cherche midi.