Rien ne s’oppose à la vie

Le temps de vivre… J’avais oublié… Quelques jours de vacances à Lisbonne, la ville du bonheur… Je me repose, me « répare » de l’Inde, avant d’y retourner une dernière année… Le temps de vivre, d’aimer, et de lire…

Dévoré en très exactement 26 heures Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan, qui m’a bouleversé. Impossible de lâcher ce roman qui m’a parlé dès ses premières pages. J’avais oublié que les livres pouvaient être ça, avoir cet effet-là, celui des premiers Angot ou, un peu plus ancien, du livre brisé de Serge Doubrovsky. Pourquoi les livres si noirs, si dramatiques, font-ils autant de bien ? Parce qu’ils exposent la vérité nue, pas scénarisée.

Celui-là est particulièrement réussi, marquant. La trajectoire de cette femme jetée dans la vie comme une pierre au hasard, les lieux qu’elle a habités, les époques qu’elle a traversées, son corps nu, peint en blanc, aperçu à une fenêtre de la rue du Faubourg Montmartre, « Je vais craquer » écrit au rouge à lèvres sur un miroir de salle de bains, le transistor branché sur France Inter contre sa joue aux derniers instants de sa vie. C’est dur, âpre, très sombre, peut-être trop : est-il possible que l’existence de Lucile ait été traversée par si peu de légèreté – de rire, d’aimer ?

Question d’époque (je dois avoir le même âge que Delphine le Vigan), tout m’a parlé dans cette histoire : les goûters de pain-beurre-chocolat noir, les enfants reproduisant les chorégraphies de Claude François, les jeans en velours côtelé Newman. Surtout, j’y ai retrouvé une partie de mon histoire, de mon enfance surtout, marquée des femmes en souffrance, par leurs crises successives. Ces femmes aux souvenirs trop lourds. Certaines n’ont pas survécu, d’autres se sont relevées, magnifiquement.

En tout cas, je ne peux pas m’empêcher de sourire à l’idée que j’ai découvert ce sombre chef d’oeuvre entre baisers et éclats de rire, dans une ville éblouissante de lumière et de couleurs…

Rien